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En France, c’est dans les premières années du deuxième
millénaire que l’on commence à construire (ou reconstruire) des édifices
religieux couvrant le pays d’un blanc manteau d’églises jusque dans les
petits villages. La paroisse d’Escorchy a-t-elle eu son église à
l’époque ?
C’est sous le règne de Henry Ier entre 1030 et 1060 que
l’on parle pour la première fois de la forêt de « BRATELLUS » et
d’une petite église abandonnée et renfermée dans cette forêt. C’est à cette
époque que l’on évoque un monastère dans la paroisse dite d’Escorchy.
Pour qu’il y est paroisse il
fallait qu’il y ait une église. Se trouvait-elle à l’emplacement de l’église
actuelle ? La question est posée.
La première construction
connue était bien à l’emplacement de l’église actuelle.
Elle est de plan rectangulaire,
dit « basilical » ; ne comprend que le CHŒUR et la NEF.
L’église date du XIIIème siècle et a toujours été dédiée à SAINT CAPRAIS.
Elle est contemporaine de SAINT LOUIS.
A cette époque, l’église se
composait de quatre murs et ne comportait que la partie centrale de 6,5
mètres de large et 29 mètres de longueur. La sacristie actuelle n’existait
pas, elle date du XIXème siècle. Les collatéraux datent de la fin
du XVIIème siècle. Le CHŒUR était à l’Est, selon la tradition qui
voulait que le Christ, apparaisse à ce point du ciel lors de son retour, et
l’entrée, dont on voit les vestiges aujourd’hui place de la Croix Blanche,
était à l’Ouest.
L’examen minutieux des combles, au-dessus des voûtes, nous
permet d’avancer une hypothèse sur la disposition intérieure et extérieure de
l’église. Les deux premières croisées d’ogives, côté Est, sont sûrement
d’origine; les piliers qui reçoivent les ogives sont à colonnettes, ce qui
est typique du MOYEN-AGE. N’oublions pas que le CHŒUR était réservé au Clergé
et aux reliques : ce qui explique la qualité de la construction à cet
endroit.
Dans les combles, il est
visible que le pignon Est n’a jamais été enduit, à l’inverse de celui fermant
les voûtes et celui à l’Ouest où était la porte.
Il y a encore dans les combles et sur ces deux derniers
pignons de l’enduit et des peintures faites au pochoir, qui, d’après Le Musée
de Cluny, dateraient du XIIIème ou XIVème siècle.
La NEF (les quatre travées plus hautes aujourd’hui) avait
une charpente apparente. Le clocher pourrait être antérieur à cette première
construction connue. En effet ses ouvertures faites pour laisser passer le
son des cloches ont été en partie rebouchées sur la façade nord, ce qui
permet de penser qu’il avait été conçu pour un bâtiment différent. Est ce en
partie la réponse à la question posée ci-dessus ?
Au cours des siècles, ce monument a subi beaucoup de
dégâts. En 1458, à la fin de la Guerre de Cent ans, il n’y a plus que sept
habitants à Escorchy (on entend par habitant le chef de famille; donc il y
avait environ 35 personnes). Les comptes rendus des visites archidiaconales
mentionnent une église presque entièrement détruite, sauf le clocher sous
lequel on a placé l’autel pour célébrer la Messe à l’abri des intempéries. Il
n’y a plus de fonds baptismaux.
En 1459, il est question d’une
sacristie non fermée. Où se situait-elle ? Il y aurait eu aussi dans
cette église un oratoire, où ? En 1461, le compte rendu mentionne la
présence d’une seule cloche.
Il est reproché au curé d’avoir
engrangé et fait battre son blé dans l’église. En 1469, le visiteur
(l’archidiacre) demande que l’on fasse couvrir l’église. Le sanctuaire court
à la perdition par absence de couverture. De cette époque à 1641, date à
laquelle fut réalisé le plan d’Escorchy, nous n’avons aucune information sur
l’évolution de l’église.
Sur ce plan, nous voyons
nettement que l’église est toujours de forme rectangulaire avec le CHŒUR à
l’Est et par conséquent avec la porte à l’Ouest. Le clocher est accolé au mur
de l’église et n’a pas l’escalier que l’on peut voir aujourd’hui. On remarque
aussi que la toiture, contrairement à ce qui existe aujourd’hui, n’a qu’un
seul niveau, ce qui renforce l’hypothèse avancée sur la conception de
l’église à son origine.
En 1668 il est fait don d’une cloche à l’église de
Marolles. C’est au cours du XVIIème siècle que le bâtiment va
subir des transformations importantes.
Les collatéraux sont créés et les murs de la NEF percés de
4 arcades de chaque côté pour faire correspondre entre eux les différents
volumes. Les piliers et leurs chapiteaux reçoivent les croisées d’ogives de
la NEF et des collatéraux. Les croisées d’ogives de la NEF étant plus hautes
que les deux premières qui abritaient le CHŒUR à ce moment-là, il a fallu
rehausser la toiture ce qui explique les deux niveaux de la couverture. Les
traces de cette modification se voient bien dans les combles.
La nouvelle charpente est d’une remarquable qualité de
conception et d’exécution. La construction de la sacristie (à la place de la porte actuelle et qui
disparaîtra en 1873) date probablement de cette époque.
C’est vers 1750 que la
disposition intérieure de l’église est « retournée ». A ce sujet,
plusieurs versions ont été données. Des confusions ont été faites entre ce
« retournement » et la transformation de 1875.
L’abbé LEBEUF, dans son
Histoire de Saint-Vrain en 1750, parle d’une rue qui passait le long de
l’église côté Chœur et qui
dérangeait probablement les Offices.
Or, sur le plan de 1641, on ne
voit pas de rue derrière le Chœur,
pas plus que sur le cadastre de 1823. Ce n’est donc pas le motif du
« retournement ».
Il semble raisonnable de penser que la nef, rehaussée par
de très belles voûtes, et éclairée grâce à la clarté donnée par les
vitraux, met désormais plus en valeur l’Autel et la Liturgie ce qui justifie
le retournement. De plus, le collatéral gauche, compte tenu de la présence du
clocher, n’offrait aucune visibilité pendant le déroulement des Offices.
L’abbé LEBEUF écrit que le retournement et
l’agrandissement de l’église ont été réalisés à la même époque (ce qui aurait
été logique) mais pour tous ceux qui se sont intéressés à la question, la
date de 1692 gravée sur la clé de voûte du chœur
marque la fin des travaux d’agrandissement. L’architecte Nizet chargé d’un rapport
sur l’état de l’église en 1895, cautionne cette version de fin de travaux en
1692.
Cet Abbé nous parle de
nombreuses tombes à l’intérieur de l’église, notamment dans la chapelle
seigneuriale. Il décrit les pierres tombales avec leurs inscriptions.
Il ne reste aucune trace de ces
tombes, probablement à cause des travaux de 1818 où le dallage en mosaïque
dans le chœur et les chapelles latérales a été réalisé en surélévation.
Les pierres tombales sont sûrement restées en dessous.
En 1789, l’église est
désaffectée et prend le nom de « Temple de la raison triomphante ». Elle
sert de salle des fêtes. En 1802, elle est rétablie dans sa vocation
première.
Entre 1800 et 1875 elle bénéficie de nombreux travaux,
dont en 1818 la restauration complète de l’intérieur, financée par l’Abbé Quenescourt.
C’est en surveillant les travaux que l’Abbé trouvera la mort en tombant d’un
échafaudage. Il a été inhumé à l’emplacement de l’accident dans la chapelle
de la Vierge qui avait son entrée par une petite porte qui donnait sur la
place. Cette porte a été rebouchée et la plaque honorant la générosité de
l’Abbé a été fixée à cet emplacement.
En 1877, l’église subit un
nouveau bouleversement.
La sacristie qui était à
l’emplacement de la grande porte actuelle (elle débordait largement sur le
trottoir de la place) est démolie. On perce le pignon où était la porte et on
construit la nouvelle sacristie telle que nous la connaissons aujourd’hui. On
prend la grande porte et on la pose là ou elle est toujours. Pour la
protéger, on remonte le porche qui était sur le pignon Est. Il sera démoli à
la fin des années 1970.
En 1895, les arcades des
collatéraux sont dangereusement fissurées. Des contreforts sont réalisés pour
neutraliser les poussées des voûtes. Trois seront réalisés au sud et cinq au
Nord.
Au cours du XXème siècle
la couverture, et le crépi sont réalisés, mais en dehors de la destruction du
porche aucune modification ne sera apportée à l’édifice.
Il serait prétentieux de dire
que cet historique est complet et définitif. Il sera un bon support pour
continuer nos recherches.
Saint-Vrain
et son Histoire
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